Histoire de la restauration de Notre Dame de la Houn

Récit de Piou Lacoste (1)

L'histoire commence en 2023. Depuis un certain temps à l'Eclosion (2), nous sommes engagés dans une série de nettoyage des fontaines et d'entretien des pompes. Depuis un certain temps j’avais en tête d’aller voir dans quel état était cette statue que j’avais vaguement entrevue grâce à mon appareil photo…

On me prête la clé et je découvre une statue dans une niche dans une ambiance extraordinaire : fond bleu, eau claire, racines plongeantes dans toutes les parois, et un vrac de canalisations et d’appareils mal en point près de la porte d’entrée. C’est l’été, je tombe le pantalon et doucement je m’approche de la vierge qui n’a plus de main et de l’enfant qui n’a plus de tête… visiblement la tête de la vierge est mal reposée.

Dans les jours qui suivirent, j’y retournai accompagné de Robert Paris et d’Anthony Couvreux (3) pour tenter de retrouver les éléments manquants dans le vrac de pierres qui constitue le fond de la source. Rapidement nous nous sommes rendus compte qu’avec toute la vase remuée cette recherche n’aboutirait pas. Je fais, au nom de l’association L’éclosion, une demande de location d’un aspirateur à vase, demande qui mit du temps à aboutir devant le scepticisme des élus responsables… Lors de l’AG de l’association L’éclosion, nous décidons que la sauvegarde de cette sculpture fait partie des objectifs de l’association.

En attendant toujours aidé par Robert et Anthony de l’Eclosion, sous l’œil responsable de Alain Moreno (4), je fais le relevé de la sculpture et du local. Puis je me lance dans une recherche des vierges assises avec enfant sur la jambe droite, dans les livres à la bibliothèque municipale de Bordeaux et évidemment sur internet. Je contacte le SIGM (5) où je suis toujours documentaliste pour lancer un appel à l’aide aux spécialistes de l’art marial. Sur internet, je finis par trouver sur le site du Louvre une sculpture dans la même pose, sur le même banc, mais d’une facture et certainement d’une époque différentes…

Pendant ce temps Christiane Espeut, la secrétaire du SIGM, donne notre contact à Philippe Maffre, jeune retraité de la DRAC que j’ai déjà rencontré lors de la restauration de l’église de La Brède. Il est à la recherche d’œuvres religieuses à restaurer pour participer à un concours au cours duquel les élèves de 1ère du Lycée technique Saint Vincent de Paul choisiraient, après un an d’études, une œuvre à restaurer méritant un prix de 10000€ offert par la banque Lazard par l’intermédiaire de la Fondation Sauvegarde de l’art Français.

Très vite, suite à l’envoi de quelques photos, notre vierge est retenue tout comme une descente de croix de Langoiran, une bannière de Saint Roch à St Morillon et deux tableaux d’apôtres à la Brède. En novembre les élèves du lycée doivent visiter les œuvres.

Entre-temps, nous avons obtenu le bon de commande de l’aspirateur pour nettoyer la source. La réservation est faite mais dans la nuit précédant l’opération, un énorme abat d’eau noie complètement l’oratoire. Depuis l’eau n’a jamais plus baissé et nous ne retrouverons pas les éléments manquants. Les employés communaux qui avaient trouvé la statue dans l’eau et reposé la tête nous avaient déjà indiqué qu’il n’y avait rien d’autre…

Persuadé qu’une sculpture aussi lacunaire ne peut être gagnante, je ne fais pas faire de devis de restauration comme il est demandé dans le règlement du concours et je me contente de réaliser deux fiches relatant les éléments historiques en notre possession, les points singuliers relevés et un repérage photo palliant le manque de lumière dans le local.

Les jeunes viennent ensuite visiter et repartent chacun avec une fiche ; je sens que cela leur a bien plu : l’endroit, la vierge dans son jus, les fiches…

Au mois de mai 2024, nous sommes invités par Philomène Vuillard (6) à assister à un concours d’éloquence du Lycée Saint Vincent de Paul pendant lequel sera désigné le gagnant du concours de restauration. Après les exposés des 4 équipes défendant chacune une œuvre, on procède à un vote à bulletin secret. Notre vierge arrive largement en tête. Incrédules et au cas où, les professeurs font voter un second prix et contre toute attente c’est la bannière de St Roch de St Morillon qui se classe seconde.

De retour à Saint Selve, il faut maintenant faire chiffrer cette restauration ; nous contactons 3 entreprises. Je fais déposer la statue de sa niche et elle est installée aux ateliers sur une palette. Entre-temps, Michel Wiedemann (7) vient voir la sculpture et déclare qu'elle n’est pas du XVIII comme on le pensait en fonction de la date de construction de l'oratoire. Il pencherait plutôt pour le XVème. Il pense également que les petits moinillons repérés au pied du banc sont certainement la représentation des donateurs.

Nous avons par la suite la visite d’un restaurateur sculpteur qui rapidement fait un devis de restauration et de restitution des éléments manquants en pierre. A quelques centaines d’euros près, il est dans le budget accordé par le prix. Suivent deux restauratrices qui successivement émettent la possibilité que la sculpture soit plus ancienne, mais refusent de travailler à une quelconque restitution en l'absence de représentation des éléments manquants. Une seule nous rend un devis détaillé.

Pour nous l’affaire est faite : nous avons un devis qui est dans le budget, la restitution est possible puisque l’œuvre n’est pas classée ni protégée… mais Philomène Vuillard n'approuve pas cette solution. Philippe Maffre se décide à venir voir l’objet, le trouve très intéressant et nous conseille de prendre contact avec la Conservatrice des archives départementales Sophie Chavignon (Chargée de mission patrimoines culturels au Conseil départemental de la Gironde, conservatrice des antiquités et objets d'art) et contacte la conservatrice retraitée des sculptures du Louvre, Sophie Guillot de Suduiraut, qui doit passer ses vacances dans le Sauternais.

La venue de ces deux « sachantes » change tout. La sculpture selon elles, est du XIVème siècle, les deux devis proposés sont donc impossibles ou insuffisants. Sophie Guillot de Suduiraut nous conseille de contacter Delphine Masson, restauratrice. Cette dernière confirme la datation de la sculpture et nous transmet un devis très élaboré, évidemment plus cher que celui de la précédente restauratrice mais rentrant dans le prix gagné.

En revanche, il sera hors de question de reposer la sculpture restaurée dans un milieu humide. Elle devra impérativement rester en milieu sec et protégé.

Mais l’idée que l’oratoire Nostre Dame de la Houn soit vide de sa sculpture ne nous convient pas du tout. Nous pensons qu'il faut faire réaliser une copie, un fac-similé. Une copie en pierre dépasserait trop le cadre budgétaire, nous pensons à un fac-similé en imprimante 3D. Sophie Chavignon nous donne l‘adresse de deux entreprises qui rendent des devis relativement proches. Mais la somme des devis restauration et fac-similé dépasse le montant de 10 000€ et Philomène Vuillard nous annonce qu’un fac-similé est une création. Or la subvention ne peut être attribuée qu’à une restauration…

S'ensuit alors un échange de courriels entre Philomène Vuillard, Philippe Maffre, Sophie Chavignon et nous. Nous faisons une demande au conseil municipal pour un investissement de la commune d'au moins 2236,32€ HT pour qu’enfin une convention soit signée entre la mairie et la Fondation Sauvegarde du patrimoine Français .

Delphine Masson a emporté la sculpture et en juillet 2025 nous l’avons visitée dans son atelier en présence de Sophie Guillot de Suduiraut et de Sophie Chavignon.

Au mois d’août, Michel Appriou est venu numériser la sculpture que nous avons rangée dans les fonts baptismaux. Jean-Luc Claude, forgeron, serrurier Saint-Selvais s’est proposé de réaliser le support de la sculpture

Nous avons eu un entretien avec le curé de la paroisse, qui a accepté qu’elle soit positionnée sur le mur du fond de la chapelle des fonts baptismaux.

En décembre, Sophie Chavignon que je sollicitais alors pour la rédaction des cartels, nous a proposé de monter un dossier de demande de protection que Nathalie Burtin-Dauzan, notre Maire, a accepté.

En venant visiter les lieux elle nous a recommandé de garder la statue dans un lieu sécurisé.

Le 17 avril 2026, Michel Appriou est venu nous montrer son travail : un vrai fac-similé !

Puis nous sommes allés avec Patrice Larchevêque et Tina Degas, membres de l’Eclosion, vérifier la teinte de la patine.

Le fac-similé est enfin livré, patiné le 4 mai. Il est posé le mois suivant à sa place.

De retour à la source le fac-similé a retrouvé son alvéole dans cette ambiance bleutée que l’on a conservé.

La vierge à l’enfant est dans l’église Saint Sévère. Elle a été posée par Jean-Luc sur son cul de lampe en fer forgé.

On décide d’officialiser ce retour et l’arrivée de La Vierge à l’enfant dans l’église St Sévère pour les journées du patrimoine les 19 et 20 septembre 2026.

Nostre Dame de La Houn a retrouvé le calme de son oratoire et l’eau claire de sa source.

Piou Lacoste, septembre 2026 

1. Piou Lacoste a exercé la profession d'architecte. Depuis des années, il rassemble une immense documentation sur l'Histoire de Saint-Selve, dont il connaît aussi les chemins et les lieux sur le bout des doigts ...de pied tant il les a arpentés, remis en état et défendu leur entretien et leur valorisation.
2. L'association saint-selvaise L'éclosion a vocation à préserver le patrimoine local et à mettre à jour et rouvrir les chemins ruraux de la commune. Elle gère également un poulailler et un jardin partagés.
3. Robert Paris et Anthony Couvreux sont membres actifs de l'éclosion. Robert est également conseiller municipal
4. Alain Moreno est alors conseiller municipal .
5. Association Savoirs et Images en Graves Montesquieu
6. Fondation Sauvegarde de l'art français
7. Maitre de conférences honoraire à l’université Bordeaux-Montaigne

 

Pour aller plus loin : 

pdficon small  Vierge à l'Enfant de Saint Selve, par Sophie Chavignon - Chargée de mission patrimoines culturels au Conseil départemental de la Gironde, conservatrice des antiquités et objets d'art
pdficon small  Rapport de restauration de La Vierge à l'Enfant de Saint-Selve, par Delphine MASSON - Restauratrice de sculptures diplômée de l’INP-IFROA
pdficon small  Histoire de l'église de Saint-Selve, Texte de Pïou LACOSTE, selon les écrits de Alain d’Anglade, Denis Lalande et Guy Lacoste, et les comptes rendus du Conseil Municipal de Saint -Selve.
pdficon small  Des origines de la statue